Grotte de Pair non Pair

Pair-non-Pair : Un signe architectural remarquable sur un site préhistorique exceptionnel.

Lorsque le 6 mars 1881, François Daleau (1845-1927), archéologue, ethnologue, anthropologue, préhistorien de Bourg, découvre la grotte de Pair-non-Pair, il ne sait pas encore qu’il vient de découvrir un site majeur de la préhistoire.

 

Située sur le territoire de la commune de Prignac et Marcamps, sur la rive gauche du Moron, affluent de la Dordogne,  cette petite cavité d’une quinzaine de mètres de longueur, est creusée dans un massif calcaire à astéries. Elle est orientée selon un axe nord-ouest/sud-est avec l’entrée au sud-est.

 

Remplie jusqu’à soixante centimètres de la voûte par une riche couche archéologique, ce gisement préhistorique va nécessiter un travail  de fouille gigantesque, stupéfiant de précision pour cette fin du XIXe siècle.

 

L’étude des milliers d’outils en silex, os et ivoire et des restes fauniques va démontrer une occupation de plusieurs cultures préhistoriques successives : Moustérien (- 80 000 ans), Châtelperronien (- 35 000 ans), Aurignacien (- 30  000 ans) et Gravettien ( -25 000 ans). Mais c’est surtout la mise au jour des gravures pariétales vieilles de trente mille ans,  cachées aux yeux du fouilleur par les sédiments des derniers occupants et apparaissant au fur et à mesure du déblaiement de la grotte qui va donner à Pair-non-Pair une notoriété mondiale dès le début du XXe siècle.

 

 

 

«  J’ai remarqué ces dessins pour la première fois le 27 décembre 1883 » écrit François Daleau  dans ces célèbres carnets d’excursions. Mais ce  n’est que le 13 novembre 1896 qu’il publiera dans le Bulletin de la Société Archéologique de Bordeaux les premières gravures découvertes.

 

Ainsi Pair-non-Pair devient la troisième grotte ornée découverte après Altamira (Espagne) et Chabot (Ardèche).

 

Les représentations animales incisées dans le rocher calcaire se trouvent toutes situées au niveau de l’entrée, sous un puits de jour naturel, sur les parois droite et gauche et sur sept panneaux bien distincts.

L’animal le plus représenté est le bouquetin alors qu’aucun ossement fossile de ce capridé n’apparait dans les fouilles de la caverne ni dans tous les gisements préhistoriques voisins.

Puis viennent des chevaux, des cervidés dont un Mégalocéros (figuration très rare dans l’art pariétal paléolithique), des bisons, des mammouths.

Un cheval géant, qui reste une des plus grandes gravures connues au monde, semble dominer l’ensemble.

Ces figurations, très profondément gravées, à la limite du bas relief, sont d’une grande qualité, d’une parfaite lisibilité et dans un état de conservation remarquable. Il subsiste encore sur certaines d’entre elles des traces d’ocre rouge, éléments qui  plaident en la faveur de leur mise en peinture initiale.

Ces œuvres d’art appartiennent à la culture aurignacienne et figurent donc à ce jour parmi les plus anciennes gravures connues au monde (- 30 000 avant J.C).

 

 

La grotte de Pair-non-Pair est propriété de l’Etat (Ministère de a Culture) et classée monument historique depuis le 20 décembre 1900. C’est le Centre des Monuments Nationaux qui en assure la gestion et la présentation au public.

Les entrées latérales primitives ainsi que l’entrée principale sont murées et fermées depuis 1903.

Quotidiennement surveillée (hygrométrie, température de l’air et des parois, taux de gaz carbonique, infiltrations d’eau, fissurations…), elle est ouverte au public sous forme de visites conférences, en groupes restreints, avec réservation préalable. C’est de cette façon que la seule grotte ornée du département de la Gironde pourra rester l’une des plus remarquables cavités ornées du début du paléolithique supérieur.

 

 

 

Afin de mieux recevoir les 11 000 visiteurs par an qui, sous terre, viennent appréhender les mystères du monde préhistorique et admirer une des toutes premières formes d’expression artistique de l’humanité, un nouveau bâtiment d’accueil vient d’être réalisé.

 

La Direction Régionale des Affaires Culturelles a confié la réalisation de cette construction à Patrick Hernandez, architecte bordelais, qui la définit comme : « une plate-forme d’observation, mi-enclos, mi-habitacle, incliné dans la pente entre le parking et la grotte, conçue comme un passage dans le temps de l’humanité naissante. Les sols et les toits s’inclinent dans l’axe de la visite selon un mouvement parallèle. Seuls îlots d’horizontalité, les surfaces d’accueils, d’administration, des sanitaires et d’interprétation. Le dispositif d’accueil et d’exposition comprend deux jardins traités comme des pièces extérieures d’attente et de développement des activités ».

 

Les matériaux choisis se veulent à la fois nobles et bruts. La structure lourde de poteaux  de chêne bruts alterne avec des parois de béton brut où se lisent les veines du bois de coffrage.

 

Outre la conception et les matériaux, l’autre originalité du bâtiment est l’implantation de cloisons-vitrines qui présentent à la fois l’industrie lithique et osseuse (dépôt de pièces originales du Musée d’Aquitaine), les restes osseux des principaux animaux (dépôt du Muséum d’Histoire Naturelle de Bordeaux), ainsi que d’autres vestiges préhistoriques provenant de la Grotte des Fées et du gisement du Roc de Marcamps tout proches. Ainsi le retour de plusieurs objets préhistoriques de Pair-non-Pair à l’endroit même de leur découverte constitue un évènement fort de cette réalisation.

 

Des photographies inédites et récemment découvertes de la grotte en cours de fouille, retrouvées au Musée d’Ethnographie de Bordeaux (Université de Bordeaux II) illustrent les zones de circulation.

Enfin un écran présente une série de films à vocation pédagogique très forte «  Les gestes de la préhistoire » qui mettent en scène la chaîne opératoire de fabrication et l’utilisation de divers outils et objets de la préhistoire.

 

Ce nouvel espace d’accueil a été entièrement financé par l’Etat (Ministère de la Culture et Centre des Monuments nationaux) au titre de sa politique de préservation et de mise en valeur du patrimoine national. Il renforcera ainsi l’attractivité culturelle et touristique de la grotte tout en permettant la visibilité internationale du patrimoine de l’estuaire de la Gironde.

 

C’est le 5 février 2008 que ce bâtiment a été officiellement inauguré par le préfet de région, Francis Idrac et le président du Centre des Monuments nationaux Christophe Vallet, un petit peu plus de quatre-vingt ans après la disparition de l’inventeur de la grotte de Pair-non-Pair.

 

Un petit peu étourdi par l’assistance venue nombreuse, les personnalités présentes, le soleil éblouissant au sortir de la pénombre de la caverne, j’ai, en cet instant à la fois important et émouvant, pris quelques secondes pour penser très fortement à… Monsieur François Daleau.

 

Marc Martinez